Le numérique a radicalement transformé nos quotidiens depuis un quart de siècle. Qui aurait pu imaginer, alors que nous regardions d’un œil amusé ou dubitatif l’annonce du bug de l’an 2000, que 25 ans plus tard le smartphone nous accompagnerai à tous les moments de nos vies IRL, que les sites internet deviendraient les guichets principaux d’accès aux services publics, que l’intelligence artificielle s’imposerait comme l’horizon inéluctable de l’avenir de l’humanité.
Face à cette déferlante numérique, nous constatons que :
- les usages numériques qui ont émergé n’ont pas été discutés collectivement au regard des envies de la majorité,
- la construction et le poids grandissants des infrastructures les soutenant ont été invisibilisés aux yeux de toutes et tous,
- les terminaux numériques et autres objets électroniques sont devenus des biens de consommation jetables qui s’accumulent sans interroger l’impact de leurs renouvellements incessant.
Bref là ou chacun·e devrait avoir la possibilité de choisir un service numérique dans un éventail couvrant la multiplicité des besoins et des sensibilités, nous nous trouvons face à des monopoles numériques qui imposent leurs règles, leurs profits, et leurs visions du monde.
Les sentiments d’impuissance et de dessaisissement sont partout, et l’humain semble s’effacer pour un avenir qui ne rassure personne.
Un interstice numérique
Sur notre territoire rural, sans surprise, la majorité des associations coincés dans des rythmes effrénés se tournent vers des outils numériques connus et majoritaires malgré la conscience grandissante d’aller à l’encontre de leurs valeurs éthiques et de livrer les données de leur adhérent·es.
Malgré cela quelques associations locales essaient de réfléchir et mettre en pratique des outils alternatifs à ceux imposés par les dominants.
Elles essaient en parallèle de sensibiliser leurs adhérent·es sur les alternatives aux services majoritairement utilisés.
Notre association a fait le choix depuis 6 ans d’auto-héberger ses services numériques sur une machine localisée en Corrèze.
Très vite cette première tentative d’autonomisation a permis à d’autres associations locales de relocaliser leurs services numériques.
Au delà de la simple utilisation de services, ces associations ont également pu faire émerger en leur sein des discussions autour de l’adéquation entre les valeurs éthiques quelles portent et les outils numériques quelles utilisent.
Quelques structures ont également pu se lancer par elle-même dans l’auto-hébergement de leur services.
Le numérique comme un commun
Au fil des discussions inter-associatives, il nous a semblé que l’embryon d’infrastructure numérique associative existante et la volonté des structures de conserver l’humain au centre du numérique pouvait passer un cap localement et tendre vers la tentative de mise en place d’un service public numérique associatif local.
Ce service public devra :
- proposer des services numériques de base hébergés localement au public,
- accompagner physiquement le public dans l’utilisation de ses services,
- permettre la participation technique et organisationnelle sur les choix d’infrastructure et d’orientation,
- développer une infrastructure locale permettant l’entre-hébergement.
À travers cette initiative nous souhaitons proposer l’expérimentation d’un numérique adapté à son territoire et à l’écoute de ses besoins.
Ce service public numérique local doit permettre de reprendre une part de choix et maîtrise collective sur certains services numériques devenus centraux dans les vies de toutes et tous (le mail par exemple).
La construction de ce service public doit également permettre d’enclencher une dynamique locale éclairée en re-matérialisant les infrastructures et les enjeux du numérique au regard de la situation particulière et des besoins humains de notre territoire.
Pour finir, à travers ce service public numérique associatif local nous souhaitons ajouter une corde à l’arc des possibilités pour un numérique émancipateur et respectueux.
Si vous souhaitez plus d’informations sur ce projet, contactez-nous : contact@medicationtime.org